Comment je suis devenu riche en étant la proie d’un escroc

escroc

Lorsque j’ai réalisé que je ne serai jamais heureux en tant qu’ingénieur, à passer ma vie dans un petit bureau marron, entre moquette et faux plafond, au milieu de gens qui ne me ressemblaient en rien, j’ai « eu les crocs ». J’en voulais vraiment.

J’ai passé mes soirées, mes week-ends, j’ai même posé des vacances pour avancer sur la voie de l’indépendance financière. J’ai examiné bien des directions, des bonnes et des moins bonnes (je me suis même informé sur des arnaques, pour être sûr ; c’est ainsi que j’ai été en contact avec quelqu’un me proposant des Sure Bets – des paris sportifs à coup sûr grâce à une méthode d’arbitrage, qui en fait ressemble en tout point à une pyramide de Ponzi). J’ai rencontré bien des gens. Je me suis payé des formations (électroniques comme en présentiel). Et dans mon périple, j’ai rencontré un mythomane absolu, légèrement escroc sur les bords.

Rebondissant sur mes recherches, ce mythomane (à tendances escroc) a prétendu avoir réussi ce que je tentais d’effectuer. Il possédait 50 appartements à Paris, utilisait tous les systèmes, avait des produits financiers incroyables, dénichait des coups du tonnerre. Il avait son accès direct vers les plus hautes autorités de certaines banques. Il défiscalisait en achetant des oeuvres d’art hors de prix. Il était archi-millionnaire et ne gardait son petit boulot de diagnostiqueur immobilier que pour ne pas s’ennuyer. Il était en train de racheter un immeuble complet dans Paris pour y monter un hôtel. Tout en ayant bien entendu des clients pour qui il réalisait toutes sortes d’expertises de haut vol : montage fiscaux, gestion de chantiers, j’en passe et des meilleures – il était même expert auprès du fisc et du tribunal de commerce ! Parmi ses clients, c’est sans surprise que l’on trouvait quelques grands milliardaires du Golfe.

Moi, qui était dans ma dynamique, je gobais plus ou moins l’essentiel de ce qu’il me disait, alors même que la version changeait à chaque coup et que les chiffres étaient incohérents. Car en gros, il me disait ce que je voulais entendre : que je pouvais en faire autant. Et comme, petit à petit, motivé que j’était par lui, j’y arrivais progressivement (enfin, en un temps éclair, plutôt, il était dépassé par ses propres allégations), même si je pensais qu’il enjolivait certaines choses, j’y croyais.

Il déclenchait pourtant certains mouvements de recul. Les vendeurs d’un de mes meilleurs coups immobiliers, lorsqu’ils l’ont rencontré, ont voulu faire cesser la vente, tellement l’impression avait été forte. J’ai eu beaucoup de mal à les rattraper… De manière surprenante, une banque auprès de laquelle je cherchais un financement m’a aussi pris pour un guignol le jour où le mythomane (à tendance escroc) est venu en entretien avec moi. Heureusement, j’avais déjà noué un bon partenariat avec la concurrence. Parce que je ne les ai pas rattrapés, eux.

Puis un jour, j’ai confié un suivi (enfin, un « sur-suivi », car je mouillais moi-même le maillot dans le projet) de chantier à celui qui avait un entête de courrier (et de carte de visite) aussi long qu’une vie dans un taf qu’on n’aime pas. Encore un autre appartement, avec des travaux importants, qui nécessitaient une interaction assez forte avec le syndic de l’immeuble. Sauf que là, ça a capoté. Ne comprenant pas pourquoi le syndic ne répondait pas à mon Superman qui avait toujours une loi à sortir toute prête quelle que soit l’occasion (avec la date, le numéro et tout), j’ai fini par appeler moi-même. Stupeur : celui qui disait avoir toutes les qualifications n’en avait aucune, c’était un guignol écrivant des clowneries (en encore, je suis poli) sur des lettres qu’on aurait crues rédigées par un gosse de dix ans.

Après quelques renseignements pris sur le net, le temps de comprendre qu’il avait simplement monté quelques boîtes de ménage qu’il avait toutes mises en faillite, et après quelques mails aux écoles et organisations (qui n’existaient pas toutes) dont il se revendiquait, je dus me rendre à l’évidence. Il avait trouvé son public, et c’était moi.

Bien entendu, j’ai refusé de payer sa facture fantaisiste du « suivi » qui avait failli me causer de très gros problèmes avec l’immeuble. Facture comprenant entre autres, pour l’anecdote, 4 heures pour une remise de chantier ayant duré 10 minutes (mais à la suite de quoi, il est vrai, nous avons discuté une heure et demie sur le trottoir de sa collection de motos et de ses chantiers en Normandie pour un milliardaire du Golfe). J’ai aussi dû prendre un avocat pour effectuer une déclaration fiscale rectificative, ayant fait les précédentes sous les conseils de « l’expert ». Et surtout, je me suis senti très con.

Et pourtant, si je me retourne sur cette période, quel a été le bilan net de l’épisode mythomane (à tendance escroc) ? J’étais passé d’un appart brut sur lequel je doutais quant à sa mise en production à trois biens dans Paris, bien achetés, mis à l’époque en locations touristiques, le tout en ayant trouvé le moyen de convaincre les banques de me suivre sans aucun apport, ni le montant des travaux, ni même les frais de notaire. Mais ceci sera conté une autre fois.

Accessoirement, ce mythomane (à tendance escroc) m’a aussi permis d’être celui sur lequel m’appuyer lors de mes négociations avec un entrepreneur de rénovation d’appartement, entrepreneur s’étant révélé particulièrement difficile.

La morale de tout ça ? Vous pouvez atteindre tous les jalons de votre liberté, même dans des conditions défavorables, si vous y croyez, car c’est votre énergie et votre détermination qui seront vos meilleurs atouts. Si on ne sait pas que c’est impossible, on le fait, Mark Twain le savait bien.

Je ne suis pas mythomane (et je n’ai pas de tendance escroc), mais croyez-moi tout de même : vous pouvez accéder à votre liberté.

    Libre Matt

    Matt a cessé de travailler à 41 ans, après avoir acquis son indépendance financière. Pas plus intéressé par ses emplois d'ingénieur que par l'idée d'être le plus riche du cimetière, il s'expatrie régulièrement en famille et vit librement ses passions.Il pratique donc de nouveau sa formation de doctorat (l'astrophysique), pratique la musique et en compose, tient un blog et plusieurs chaînes Youtube... Et, à temps partiel bien entendu, vous aide à vous libérer vous aussi grâce à ce site.

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