Entrepreneuriat : 4 outils méconnus pour vous éviter de vous associer avec le diable !

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Parmi les véhicules de votre libération, l’entrepreneuriat peut prendre une place importante. Il peut s’agir de carrément tout plaquer pour monter sa boîte, ou plus modestement de monter un site web monétisé en y passant peu de temps. Dans tous les cas, vous pouvez être tenté de vous associer pour avancer, soit pour des questions de complémentarité (machin est technique et vous êtes plus à l’aise à créer des contenus sur le web, vous faites de magnifiques colliers de nouilles ethniques et bidule saurait vendre un congélo à un esquimaux, etc.), soit parce que vous avez envie de partager l’aventure avec un(e) ami et que vous pensez rester motivé(e) plus longtemps à deux.

Néanmoins, retenez que s’associer n’est pas une chose si facile qu’il y paraît, ni avec un(e) ami(e), ni avec un(e) inconnu(e). Bien entendu, il existe de supers exemples, comme Sergei Brin et Larry Page qui ont créé quasiment la plus grosse boîte du monde (Google). Mais n’oubliez jamais, lorsque quelqu’un vous raconte ce qui a marché, qu’il est victime du « biais du survivant », car vous n’entendrez pas parler des échecs…

J’ai rencontré, de mon côté, énormément de cas d’associations plombant un projet. C’est d’ailleurs valable dans tous les domaines : en tant que musicien, je peux vous dire que la première cause d’échec d’un groupe, ce n’est pas le défaut de talent, de technique, de créativité, l’incapacité à se vendre ou à trouver son public. C’est l’erreur d’association (engueulade, impossibilité de travailler ensemble, visions différentes du projet, du travail continu, du respect ou non des horaires, de l’attribution des solos, du choix des sons…)

En ce qui me concerne, je voudrais vous narrer deux echecs personnels. Ils se sont produits il y a quelques années, et ne tirent leurs causes que dans l’inadéquation de l’association. C’est à dire que je ne mets pas les gens d’en face en cause. Et que je n’estime pas non plus être fautif.

Première association

La première association avait pour but la mise en place d’une plateforme de formation sur le web, basée sur des webinaires, un espace membre, du suivi, etc. La personne était coach pro, je suis également capable de mon côté de fournir du suivi et de créer du contenu. La personne était déjà pro et utilisait le web (en tant que coach), j’étais moi-même capable de comprendre la technique, d’effectuer des choix, j’avais le nez dans le webmarketing et, à ce moment-là, j’étais à mort dans le SEO (l’art de se placer en haut dans les résultats de Google, en gros). On s’était rencontré dans un événement rassemblant des gens faisant du web, on s’était super bien entendu, on a pris notre temps pour se rapprocher et décider de bosser ensemble, bref, ça semblait faisable.

Nous avons commencé à mettre la plateforme en place, chacun bossait, ça avançait. Pourtant, il y a un point sur lequel nous n’avions probablement pas assez échanger. Pour une raison simple : nous aurions été au bout de notre pensée, nous n’aurions probablement pas entamé cette association… Or, en ce qui me concerne du tout moins (mais je pense que c’était réciproque), je voulais vraiment démarrer ce projet. C’était pour moi, à ce moment-là, une porte vers l’abandon du salariat et l’accès à une forme de liberté.

Le point en question, c’est que mon associé était quelqu’un avec un caractère très fort qui, peut-être sans se l’avouer complètement, avait besoin d’être le chef du projet. De mon côté, ce n’est pas trop mon truc, mais à la rigueur j’aurais pu me plier à cette règle si elle avait été édictée au départ et si j’avais su quel matériel il voulait pousser dans ce projet. Il se trouve que la qualité du matériel en question ne me satisfaisait pas. Nous nous sommes donc opposé, et malgré les discussions, il tenait à diriger le projet. Nous avons donc « splitté » (ce qui m’a attristé, car c’était vraiment quelqu’un de valeur. Peut-être retravaillerons-nous un jour ensemble, par exemple dans le cadre d’Il Est Libre Matt ? Je l’ignore.)

On retente le coup

La seconde association était très différente. Elle s’est déroulée avec un ami habitant désormais à distance. J’avais une idée de startup, une application en SaaS (Software as a Service, bref un site proposant des fonctionnalités, comme DropBox, Google Document ou Facebook d’une certaine manière). Je lui trouvais un potentiel. Lui est informaticien, je déléguais donc la technique ce coup-ci. On s’est calé un Skype hebdomadaire, et le reste du temps (enfin, de mon temps libre, entre famille, taf d’ingénieur, immobilier, bourse, et tout le reste), je lui construisais les documents qu’il voulait en tant que développeur (en bref, je spécifiais, maquettais et créais des « users cases » comme un malade, j’en ai des pages et des pages et des pages dans mon Google Drive).

Nous étions dans des situations très différentes, dans la mesure où je voulais absolument sortir de mon travail, et que lui se plaisait dans le sien et cherchait simplement un petit side project sympa à faire entre potes. Par ailleurs, nous n’étions pas complémentaires dans nos modes de fonctionnement : nous étions tous les deux plutôt plein d’idées, à envisager toutes les potentialités imaginables. C’est à dire qu’au lieu de faire mon lièvre (je vous explique ce vocable plus bas) et d’être contraint à un moment donné de passer au concret, j’ai dû endosser le rôle qui ne me va pas et tenter de le canaliser lorsqu’au bout de deux mois il en était encore à étudier tous les frameworks PHP possibles pour créer notre plateforme, tandis que j’aurais voulu quelque chose de très lean startup, c’est à dire créer un premier prototype, même d’une saleté immonde, mais en une semaine max, qu’on ait quelque chose à tester, améliorer, faire connaître, etc.

Au bout de pas mal de mois, je lui ai dit qu’on n’aboutirai jamais et que je préférais mettre en sommeil le projet pour le moment. J’y avais déjà investi un nombre d’heures collossal… J’ai actuellement une autre envie de création de SaaS. Si je la concrétise à un moment, je lui demanderai probablement conseil… Mais pour le prototype, je paierai un prestataire externe pour me le coder à un tarif donné dans un temps donné.

Les 4 outils pour éviter le pire

Afin de profiter de mes expériences malheureuses, voici 4 outils vous permettant de décider de la pertinence d’une association et de la faire perdurer si elle se met en place.

La première association a achoppé sur le problème du pouvoir.

Outil 1

Oubliez l’impatience. Oui, je sais, c’est mentalement dur. Surtout que seul, vous pouvez démarrer votre projet à fond les ballons… Votre association doit avoir le potentiel de vous apporter plus que cette efficacité de démarrage que vous perdez. Passez du temps à mettre les choses au clair et par écrit sur ce que vous allez faire, comment vous allez le faire, ce qu’apporte chacun (compétences, temps de travail, argent, logiciels, matériel, formations…), qui décide de quoi, et comment seront réglés les litiges.

Juridiquement, la création d’une SAS (Société par Action Simplifiée) est une bonne option. Attention : généralement, le 50%-50% est déconseillé (au profit d’un 49-51), ce n’est donc pas une solution mais un outil pour la mettre en place. Je vous suggère de créer ce que l’on appelle un pacte d’associés afin de définir comment les litiges seront réglés, et devant quel tiers se fera l’arbitrage dans le cas où aucun terrain d’entente ne serait trouvé.

Outil 2

Il s’agit de connaître la personnalité de votre associé, qu’il soit ami ou inconnu. Je ne suis pas un grand fan des tests psychlogiques, mais je vous suggère de passer chacun (ça se fait gratuitement en ligne en 20 minutes) un test  MBTI (Myers–Briggs Type Indicator). Certes, il répartit les 7 milliards d’individus en 16 types seulement, mais de ma propre expérience, il est d’une pertinence relativement élevée. Il classe 4 axes de la personnalité selon deux extrêmes :

  • Orientation de l’énergie et de l’attention : Extraversion / Introversion
  • Recueil de l’information : Sensation (informations extérieures) / Intuition
  • Prise de décision : Pensée (avec la tête, quoi) / Sentiment (avec le coeur)
  • Mode d’action  : Jugement (ordonné) / Perception (souple)

Une fois les 4 types définies pour chacun des associés (par exemple ENFP, INTP, ESFJ…), lisez attentivement tout ce qui concerne le type de votre associé potentiel. Ca vous prendra une demi-heure, et vous pourrez décider si vous avez des chances de réussir à travailler ensemble. Attention, le test tourne les choses de manière relativement positive, évidemment, il n’est pas là pour déterminer si vous avez affaire à quelqu’un de malhonnête…

Notez que certaines personnes estiment que le Revised NEO Personality Inventory est plus précis que le MBTI. Je vous laisse choisir ce que vous préférez.

 

L’échec de ma seconde association met en lumière des problèmes de but et de complémentarité opérationnelles (je ne parle pas de compétences, mais de manière d’agir).

Outil 3

Ca semble très basique, plus encore que l’outil 1, mais il faut que vous déterminiez l’alignement de vos motivations. Que chacun, après réflexion personnelle et discussion entre vous, mette par écrit son but dans le projet (une fois encore, je vous parle d’entrepreneuriat, mais il pourrait tout aussi bien s’agir d’un groupe de musique ou d’une association humanitaire) :

  • Ce qu’il ou elle en attend (projet de vie, side project, expérience sympa et amicale, une occasion d’apprendre un peu sur un sujet dont il/elle est curieux(euse), …)
  • Ce qu’il ou elle est prêt à investir (1 heure par semaine ? 50 ? De l’argent ? Suivre une formation ?), et pendant combien de temps (un gros coup de collier à la mise en place sur un mois, puis rythme pépère ? 5 ans à fond jours et nuits sans vacances dans l’espoir de faire fortune ?)
  • Comment il ou elle voit le futur du projet ; à 3 mois, un an, 5 ans…

Comme d’hab, je vous suggère de garder cet écrit dans le cloud (ce pourrait être un document ou un tableur Google doc, stocké dans Google Drive, ou tout autre outil du genre), partagé (à vous de gérer les droits pour éviter les modifications ultérieures, mais on a accès à l’historique de modifications) et de vous y référer lorsque le projet dérive.

Le plus important, ce de ne pas dire ce qu’on pense que l’autre attend. Si ce n’est pas ce partenariat qui se monte, c’en sera un autre, le monde est vaste…

Outil 4

Afin de définir la complémentarité dans la manière d’agir, il existe un outil très peu connu que je trouve excellent : la classification HOTS (Hare Owl Turtle Squirrel, soit Lièvre Hibou Tortue Ecureil). Vous pouvez passer un test en ligne (même s’il vous suffit de lire les descriptions pour vous reconnaître, en général, si vous vous connaissez bien).

Son but est de classer les gens en 4 modes d’actions :

  • Le lièvre est un créatif désordonné qui explore sans cesses de nouvelles idées et se lasse vite d’aller dans la même direction. Il fournit les solutions.
  • Le hibou est un planificateur, est pratique, sait prioriser et canaliser son monde. Il fournit les stratégies.
  • La tortue est une sorte de vigie qui voit les problèmes et difficultés potentielles, s’attache aux méthodes éprouvées, va lentement mais sûrement, teste les choses dès que possible avant qu’on n’ait trop investi dedans. Il fournit l’analyse.
  • L’écureuil agit pas à pas et fait les choses, une par une, méthodiquement, avec soin et logique. On peut compter sur lui pour que le projet avance de manière régulière. Il fournit les résultats.

L’équipe idéale, d’après cette méthodologie, est d’avoir un exemplaire de chaque animal. Si vous n’êtes que deux, il existe des complémentarités essentielles. Lièvre et tortue ne s’entendront pas, de manière assez évidente…

Les associations recommandées lorsque vous n’êtes que deux sont

  • lièvre et hibou (même si, pour ma part, je pense que lièvre et écureil pourrait très bien fonctionner si le lièvre se force un peu à une planification minimale),
  • et écureil et tortue.

S’associer ou non

Au final, il est difficle de répondre à la question « faut-il s’associer ». J’aurais tendance à dire qu’en démarrage, si on peut s’en passer, mieux vaut lancer les choses par soi-même, quitte à intégrer des partenaires dans son projet lorsque le besoin clair est là. Seulement, sur certains projets d’amplitude, ou lorsque vous estimez qu’à la tête du projet il faut une complémentarité de compétences (les compétences se louent, mais ça dépend de votre situation), ou lorsque vous avez besoin d’investisseurs, ou simplement si vous voulez tester un petit site monétisé dans votre coin une heure par jour mais que vous êtes persuadé de ne pas tenir sur la durée si vous êtes seul, alors vous serez amené à vous associer.

On apprend toujours quelque chose d’une aventure, mais vous vous offrirez plus de liberté si vous choisissez dès le départ une bonne association !

    Libre Matt

    Matt a cessé de travailler à 41 ans, après avoir acquis son indépendance financière. Pas plus intéressé par ses emplois d'ingénieur que par l'idée d'être le plus riche du cimetière, il s'expatrie régulièrement en famille et vit librement ses passions.Il pratique donc de nouveau sa formation de doctorat (l'astrophysique), pratique la musique et en compose, tient un blog et plusieurs chaînes Youtube... Et, à temps partiel bien entendu, vous aide à vous libérer vous aussi grâce à ce site.

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